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801 M41 Custodian of Cadia
Il y a 483 rivets dans la pièce….483… pas un de plus, pas un de moins, oui, oui… Je le sais… je les ai compté…. Oui… Je le sais, oui… oui… J’entends un rire, un rire, un rire… Hystérique, oui, c’est le mot, oui, oui… oui, un rire hystérique. Il a disparu, il s’est éteint, comme les lumières, comme la lampe… la voix, c’était ma voix… mon rire ?
Je pleure…
Réfléchir, oui… Penser, oui… On m’a formé pour ca… pour résister à ca… Penser… rassembler mes pensées… Qu’est ce… Qu’est ce qui s’est passé ? Pourquoi… Pourquoi je les entends… dans ma tête, dehors… Non… Rester concentrer… 483 rivets… 483…
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« Vous pouvez me dire votre nom ? »
« Mon nom… mon nom est Mikeus… oui, Mikeus… Je… Je suis né sur Alactra…. Je suis issu de la famille Rey’a’Nor… Je… Je sers l’Empereur sur le Custodian of Cadia… Je servais ? Père… C’est père qui servait sur le Custodian… Moi aussi ? Oui… moi aussi… Nous sommes liés au Custodian… Nous l’avons suivi… Le custodian of Cadia… Le Custodian of Cadia… Oh… Par le Trône…. J’entends les couleurs du Custodian…Je les ENTENDS… CES RIRES !!!! »
« Calmez vous, calmez vous… Vous êtes en sécurité maintenant… Vous avez subi un grave traumatisme… »
« Un traumatisme… UN TRAUMATISME ?!! AHAHhaaahaahHAAHAHAHA ! !!!! »
« Calmez-vous… Serviteur, injection 10mg de Thropazol »
Un méchadendrite médical se tend et injecte le calmant dans l’épaule de l’homme qui se tort sur son lit. Il commence à se détendre ; les pulsations de son troisème, cet œil qui le rend spécial, l’œil du Warp, s’espacent, s’apaisent.
« Je vais vous laissez vous reposer… Je reviendrai dans une heure… »
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Le produit coule dans mes veines. J’ai l’impression de flotter, d’entendre la voix du médecin venir de très loin, d’au delà de mes sens… Pourtant, je suis terrifié : des rumeurs courent sur cet endroit au sein de la Navis Nobilitas… on murmure, on chuchote des bruits sur de la rééducation, de la lobotomie psychique… Les Navigateurs sont trop précieux pour en perdre un seul, et le Novator de ma famille, mon arrière Grand-père, Galius Rey’a’Nor emploie parfois des méthodes brutales pour nous remettre sur pieds… Les années qui viennent seront longues.
Oui… les années… Pendant des années, je vais être soumis a des sondes psychiques, on va ‘expurger de moi les souvenirs qui m’ont détruit... Je resterai moi-même, mais quelque chose aura disparu en moi… Ma mémoire sera réécrite… Cela prendrai trop de temps d’essayer de me reconstruire, d’apprendre à vivre avec ce que j’ai vu.
Je vois le médecin approcher avec un psyker… Mon corps tremble dans les brumes de conscience qu’il me reste.
Je hurle alors que je sens le psyker entrer en moi, me déchirer l’esprit.
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816 M41, Port Wander
Mes domestiques se préparent à embarquer mes affaires et à les disposer dans mes appartements. Je les regarde s'affairer autour de mes caisses, valises et meubles, essayant d'arrimer le tout sur le plateau de chargement. Ils savent qu'une seule égratignure et la punition tombera.
Je les regarde pour ne pas regarder ailleurs, bien que je sache que c'est inévitable. D'un instant à l'autre, je devrai regarder par la baie panoramique, je devrai de nouveau voir le Custodian of Cadia. Je ne l'ai pas vu depuis 15 ans, depuis....
Je prends une inspiration alors que je me retourne. Le vaisseau est là , sa coque parsemée de trace de réparation, mais toujours reconnaissable. Le Custodian of Cadia... Un vieux guerrier qui se prépare à la bataille. Le reflet des réacteurs de l'un de ses congénères l'illumine un instant, et j'ai presque l'impression que l'ancien navire m'a reconnu, qu'il m'adresse un clin d'œil. Je m'incline devant lui, sous les yeux ébahis de mes serviteurs. Je respecte ce vaisseau plus qu'on ne le croit. C'est un survivant, comme moi... Il a vu les mêmes horreurs que moi, et lui aussi a du être réparé... Pour lui aussi on a du camoufler les défauts de la coque sous des pansements de métal.
Je ferme les yeux et je revois encore ces images... Je revois les corps déchirés, les entrailles répandues sur le sol, je me souviens de ces hommes aux regards aussi fous que celui que je devais avoir lorsque l'on m'a retrouvé. Je me souviens des rires et grognements immondes que j'ai entendu, sans voir, fort heureusement, qui les poussait. Je n’ai plus que des flashs, maintenant, depuis la rééducation…
Une angoisse m'étreint alors que je me prépare à entamer mon départ vers le corps du vaisseau. Je rejette ces souvenirs, tout en sachant que ce qu'on m'a fait subir à la Novis Nobilitas Medicae n'a fait que poser un pansement sur des blessures qui ne se refermeront jamais. Blessures qui m’ont amenée à apprendre, à connaître certains savoirs obscurs.
Le Vaisseau est toujours aussi puissant d'apparence, prêt à affronter tous les dangers du Warp. Mais son équipage l'est il ? Peuvent-ils seulement soupçonner ce qui se tapit dans l'Immaterium ? Et moi, suis-je prêt à l'affronter de nouveau ?
719 M41, Frégate "Vision of Clarity"
"Qu'est ce que l'immaterium ?
Pour la plupart des humains, l'immaterium est une abstraction, une chose qu’ils ne connaitront jamais. D'autres y passeront, traverserons l'espace interstellaire via l'Immaterium... mais pour nous ? Pour nous, membres de la Navis Nobilitas, l'Immaterium est plus qu'une idée, plus qu'un chemin, c'est notre vie, notre raison d'être. Nous voyons le Warp.
Nous sommes comme ces pilotes de l'Ancienne Terra, découvreur de continents lointains, penchés sur leurs cartes et sextants, qui traçaient les routes maritimes. Mais notre océan, c'est l'Immaterium, et notre sextant, c'est notre œil du Warp, cette… mutation, car cela en est une, qui nous a été implantée par l’Empereur au début des temps. N’oublie jamais ton devoir envers le Trône !
Quand tu plongeras dans ce monde, dit toi que les tempêtes, monstres et créatures que les anciens cartographes plaçaient sur leurs cartes sont réelles ; dit toi que seul le Geller Fiel de ton vaisseau te protège des horreurs qui y vivent ; dit toi que seul la lumière de l'Empereur, l'Astronomicon, est ton phare, ton soleil et tes étoiles. Sans l'Astronomicon, tu es un pilote perdu sur une mer en furie, sans sextant, sans étoiles pour te guider.
Maintenant, tu va ouvrir ton œil du Warp et me décrire ce que tu vois. Souviens toi de ta formation, des cours que l'on t'a donné, et souviens toi de la réalité, car le Warp te semblera plus beau que tout..."
J’ouvre mon œil, plongeant au sein de l’Immaterium. Mes maitres m’ont appris que le Warp présente des aspects différents selon les navigateurs, que nos esprits ne peuvent l’appréhender réellement et essayent de projeter des rationalisations. Mais nous sommes les seuls à voir le warp sans y être, et nous sommes les seuls à voir au delà , plus loin des quelques années lumières qui séparent les étoiles.
Mon œil s’ouvre sur le warp. Une immense cité m’entoure, pleine de noirceur. Une tempête fait rage au milieu de ces gratte-ciels et bâtisses formidables. Certaines sont éclairées de lumières fantomatiques, tandis que d’autres luisent comme des astres. Les immeubles bougent, se transforment sous mes yeux, aucun d’entre eux ne restant en place bien longtemps. La panique commence à m’envahir, malgré mon émerveillement.
Puis je réalise que l’un d’entre eux est parfaitement calme, seul point d’ancrage de la raison au milieu de ce chaos urbain, il brille, tellement lointain et tellement proche. Je sens la lumière, je l’entends, la perçois ; elle m’inonde. L’Astronomicon, la lumière de l’Empereur.
Je ferme mon œil et voit le visage satisfait de mon professeur, mon propre père. Il doit bientôt partir prendre son poste sur le Custodian of Cadia, où je l’accompagnerai pour continuer ma formation, puis le remplacer lors de sa mort. Lorsque son corps sera livré aux vides insondables de l’espace.
816 M41, Port Wander
Quand j’arrive à bord du Custodian of Cadia, c’est tout l’Etat-major qui est là pour m’accueillir. Le maitre du navire, bien sur, Evander Sabrehagen, dont la réputation de débauché semble peu correspondre avec l’homme bien bâti que je vois devant moi. Il s’incline avec respect : sans moi, son vaisseau est comme un soldat aveugle.
« Bienvenue, Navigateur. Nous attendions votre retour avec impatience. Votre Sanctum a été restauré, selon les spécifications que vous nous avez transmises, et vos appartements sont prêts. »
« Je vous remercie de m’accueillir en personne, Seigneur Sabrehagen. Je suis prêt à mener ce noble croiseur là où vous voudrez l’emmener. J’espère que ma présence sur le pont ne vous dérangera pas ? J’aime parfois le visiter.»
Il a l’air surpris. En règle générale, le navigateur ne se mélange pas avec la plèbe des navires, plèbe qui inclut tous les non navigateurs du bord, mais reste dans son Sanctum durant la majeure partie du voyage. Mais depuis « l’accident », j’ai besoin de la présence de mes frères humains, même aussi limités qu’eux. Les autres membres de la Navis Nobilitas me juge excentrique, à me mêler ainsi aux aveugles.
Sabrehagen se reprend assez vite.
« Pas du tout, pas du tout. Votre présence et vos conseils seront précieux et appréciés ! Souhaitez-vous que je vous présente mon Etat-major ? »
« Je souhaiterai tout d’abord me reposer. Nul doute que cette présentation puisse attendre encore quelques jours. »
Le Libre-Marchand s’incline et s’écarte pour me laisser passer.
Je rejoins mes appartements, mon Sanctum, m’assied dans le fauteuil prévu lors des navigations et computation que je vais être amené à faire. Je ferme mes yeux et ouvre mon œil du Warp. La ville est toujours là , aussi magnifique, mais je vois maintenant la corruption et les démons qui se tapissent dans ses entrailles.
Et je me mets à sourire…
Je n’ai pas peur. La Tour Illuminée me réchauffe de sa présence. |