« Avec ta force tu nous as protégé,
Avec mes soins je te réparerai,
Avec des huiles sacrées je t’apaiserai,
Calme-toi, esprit bienveillant,
Et accepte ma bénédiction »
La main posée sur le froid métal des parois, je vocalise en binaire le catéchisme de la Machine, essayant de soulager l’Esprit du Vaisseau.
Des serviteurs emportent devant moi les restes charnels de l’équipage du Saint Custodian of Cadia, vaisseau mille fois béni par l’Omnissiah. Je regarde les corps… Comme il est regrettable qu’une machine aussi sainte ait besoin d’autant de composants de chair.
Oui… Cette analyse est correcte : un équipage n’est que l’un des composant de plus dans cette merveille technologique, un composant imparfait, faillible. Comme l’Esprit-Machine doit se sentir limité de tant de faiblesse à son bord.
Je me dirige vers le pont, vers le saint des saints. Les coursives métalliques résonnent de mes pas, chantant la douleur du vaisseau, pleurant la défaite contre cet ennemi inconnu. Mon servo-crane lévite autour de moi, enregistrant fissures et crevasses, tous les dégâts des structures internes. J’arrive enfin devant l’une des portes qui mène au pont.
J’ai appris à contrôler mes émotions, à les considérer comme ce qu’elles sont : des faiblesses liées à la chair… Mais je reste un instant fébrile à l’idée d’entrer de nouveau dans cet endroit sacré. J’entonne, toujours en binaire, une prière adressée au Dieu-Machine et à l’Omnissiah. Chantant la litanie de l’Ouverture, j’enclenche le mécanisme qui ouvre les immenses portes du pont.
Une nouvelle fois, mes faiblesses humaines me submergent alors que je vois de nouveau l’état de cet endroit sacré. Le pont, relique millénaire, témoin d’un savoir oublié, est dans un état de destruction qui provoque une irritation de mes glandes lacrymales. Je m’agenouille, abattu devant un tel spectacle de désolation. Les corps de l’équipage ont été enlevés par les serviteurs, et seule la carcasse fixée sur son trône de commandement du Seigneur Capitaine regarde en direction de l’écran principal brisé par une fissure immense.
Enchâssé dans son piédestal, des câbles fichés dans son corps, il est uni dans la mort avec son vaisseau. Il a connu l’union de la chair et du métal ; ses sens, ses souvenirs, n’ont fait qu’un avec le vaisseau ; ensembles, liés comme nul ne peut l’être, ils ont parcouru les espaces infinis. Je l’envie, je l’envie presque autant que les Princeps de l’Adeptus Titanicus, maîtres des dieux de métal.
Ô Dieu de Métal, votre union est intégrale, plus puissante que les liens de famille, plus étroite que les liens du sang. Un pacte de Divin Métal. Heureux cet homme faisant parti d’un Dieu, dont il partageait la majesté et la force.
Je prie le Dieu-Machine, je demande pardon à l’esprit-Machine, mon méchadendrite replié sur mon torse. Je me redresse après ce nécessaire recueillement. Les réparations seront longues et difficiles, et ce pont me fascine…
Mais je ne perdrai pas un deuxième navire !
779 M41
Une explosion me déchire les tympans alors que je coure pour rejoindre la sainte machine dont j’ai la garde. Un instant d’inattention, je n’ai eu qu’un instant d’inattention… La chair est faible, la chair est faible, je suis faible. Je n’ai pas soutenu l’esprit Machine et maintenant tout le vaisseau est en danger ! Un instant de faiblesse… Un instant de faiblesse amène une vie d’hérésie.
Ô Dieu-Machine, pardonne-moi !
Mes mains courent sur l’appareil, caressant ses tubulures et essayant de comprendre les raisons de l’ire de son Esprit. Les hommes d’équipages me regardent, d’un air méprisant. J’ai failli à ma mission, j’ai échoué dans ma tache sacrée ! Ils le savent.
Ma capuche et mes implants cachent mon visage horrifié alors que je comprends que l’appareillage subtil est sur le point d’exploser, détruisant le vaisseau aussi surement qu’une lance de croiseur.
J’en informe le capitaine, pleurant devant mon échec, devant ma faiblesse, qui ordonne l’évacuation. L’équipage se précipite vers les nacelles. Je n’ose faire comme eux… Comment partager une nacelle avec des hommes qui ont tout perdu. Pour certains, ce vaisseau était leur demeure, leur unique horizon. Certains étaient là depuis des générations, né sur ce vaisseau, comme leur père et les pères de leur père… ma honte… ma honte me poursuivra toute la vie qu’il me reste, si je survis.
J’ai atteint une nacelle… mais un rapport sur mon incompétence a été envoyé à mes supérieurs de l’Amat de Lethes. Je me prépare à affronter mon destin.
<[Extrachargé de] Gladius, Magos Navis, Adeptus Mechanicus, (01100011 01110101 01101100, code de compression xz) [modules de données complémentaire en appendices, flux 5] [début]
Intrachargement du rapport de l’incident Tharn. Début de l’analyse. Au jour impérial 255.654 Tharn 24ème Technaugure du vaisseau marchand est accusé, de par sa négligence, d’avoir causé la destruction du dit vaisseau.>
ème Technographe de l’installation industrielle chimique 548 de Hadd – jugé compétent par supérieurs – analyse confirmée par rapport de productivité. Montre une volonté de quitter Hadd. Réassigné en tant que 35ème Mecha-Ingénieur sur le vaisseau de transport <Song of the Sybil> Montre sa compétence et son sang froid. Reste sur le vaisseau 26 années impériales. Réassignement Electro-Prêtre sur le même vaisseau. Vaisseau voyage uniquement dans les Lethes. Montre des dispositions pour l’exploration. Décision du Magos Navis Sertorios de l’affecter à vaisseau de commerce pour évaluation long voyage dans Immaterium. Affectation effective depuis 7 années impériale. Ordonné Technaugure au cours de service.>
ème Technaugure Golden Dawn] pour ne pas oublier échec.>
<[Extrachargé de] Sertorius, Magos Navis Errant, Adeptus Mechanicus, (01100011 01101101 01100010, code de compression xr) [modules de données complémentaire en appendices, flux 45] [début]
Nouvel examen situation Tharn 800 M41
Que le Dieu-Machine vous apporte la Sapience>
On m’a appris… On m’a puni… Je méritai cette punition, cet exil, cette torture physique et mentale. Port Wander est le dernier avant poste réellement soumis à l’Omnissiah. C’est un lieu exaltant et effrayant. Ici les Libres Marchands viennent vendre les produits de leurs rapines en dehors du monde connu ; ici, les objets insolites côtoient les drogues inconnues. Ici, j’ai vu des merveilles et des horreurs… Et il m’était interdit de les approcher. Chaque nuit, l’implant électro-punitif me tordait de douleur pendant une heure, me laissant épuisé. Ma sentence devait durer vingt ans. Et cela était bon.
J’avais trahi l’esprit machine par ma fascination humaine pour les anciens objets technologique. J’avais oublié les rituels pour comprendre les archéotech, et c’est péché. « La chair est faillible, mais les rituels honorent l’Esprit-Machine ; Oublier les rituels, c’est oublier sa foi »
Ma repentance était sincère, mes regrets, mes prières l’étaient aussi. Jamais plus je ne causerai la destruction d’un esprit-machine.
La fin de ma sentence arriva. Je fus laissé sur Port Wander, mais avec la permission de quitter la station si un vaisseau m’acceptait. Ma réputation, mon échec, était connu, et je restais longtemps. Je priais le Dieu-Machine de m’accorder son pardon, de me permettre d’arpenter à nouveau l’espace.
Et le Dieu-Machine m’écouta. Il m’écouta et me donna la rédemption.
Depuis plusieurs semaines, on savait que le Custodian of Cadia, le vaisseau amiral des Sabrehagen, était en approche. Mais nul ne répondait à son bord. La station était fébrile, et des nuées de technaugure, technographes et mécha-ingénieurs priaient, car le Custodian of Cadia, de par son passé, est une sainte relique de notre Ordre.
Son état était lamentable, et Evander Sabrehagen demanda l’aide de l’Adeptus Mechanicus avant d’entrer dans le vaisseau. La noble nef semblait détruite, a jamais condamnée. Je ne sais ce qui se passa dans l’esprit de mes supérieurs, car ils me choisirent moi pour les représenter. Je crois, je pense que la politique n’est pas étrangère à leur décision. Les machines se préoccupent peu de politique, mais notre ordre doit parfois choisir quelle faction soutenir. Et le soleil des Sabrehagen ne brillait plus. Avec leur vaisseau détruit, la dynastie n’était plus rien. Quoi de mieux pour eux que de nommer un être faible, faillible, comme moi, pour aider le dernier représentant de cette famille.
Evidemment, Sabrehagen n’en sut rien, et je l’accompagnai dans le cœur de cette Sainte Relique.
Une fois celle-ci nettoyée et inspectée par l’Inquisition, Sabrehagen demanda à ce que je supervise les réparations.
Ce soir là , je me rendis à la cathédrale dédiée à l’Omnissiah ; je remerciais le Dieu-Machine.
Les réparations durèrent 15 années. 15 années de labeur et de prières, de réparations et de chants, de travail et de rituels. Mais enfin, il se prépare à repartir. Et Sabrehagen m’a demandé, en dépit de ma réputation, d’être le responsable des membres du Mechanicus.
Hier, j’ai été ordonné Techno-prêtre, et on m’a implanté un méchadendrite. Demain, je repars dans les astres glorieux, en dehors de l’Empire de l’Omnissiah.
Béni soit le Dieu-Machine.
<[Extrachargé de] Sertorius, Magos Navis Errant, Adeptus Mechanicus, (00111010 00101001, code de compression xr) [modules de données complémentaire en appendices, flux 45] [début]
Affectation Tharn 24TGD <Custodian of Cadia> acceptée.
Objectif : recherche archéotech. Exploration Amat Koronus.> |