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« Evander ! Passe-moi la bouteille d’amasec, veux-tu ? »
« Déplace toi, je suis occupé ! »
Et occupé, je l’étais, alors qu’une pute de haut vol dont les émoluments d’une heure auraient suffit à faire vivre pendant dans le confort une famille d’ouvriers des basses strates de Scintilla me léchait lubriquement et avec une grande conscience professionnelle certaines parties sensibles de mon anatomie.
C’est donc en grommelant que mon camarade de débauche, fils de l’un des dirigeants de Port Wander, s’empara de la bouteille avant d’en répandre le contenu sur l’arrogante poitrine de la catin qu’il lutinait.
« Qu’il est bon d’être riche à foison ! », pensais je alors que la langue de la jeune femme essayait de me faire connaître de nouvelles extases. La pauvre s’escrimait pour rien, je le craignais, ma première pipe remontant à tellement longtemps que j’ai du mal à me souvenir du visage de la petite servante qui me l’avait prodiguée. La soirée venait de commencer, et j’étais déjà dans les brumes vaporeuses qui font que l’homme se sent philosophe.
Rien n’aurait du troubler cette partie fine certes prometteuse, mais peu exceptionnelle, et j’attendais le moment où j’allais passer à l’obscura quand la porte de notre suite explosa littéralement sous le poids du corps mutilé de mon garde du corps.
Ce pauvre Jethros allait avoir besoin d’un bon médecin fut la pensée qui me traversa dans un étrange instant de détachement alors que son sang éclaboussait le dos nu et la robe hors de prix de la putain agenouillée devant moi.
L’auteur de cette entrée fracassante ne tarda pas à apparaître, précédé par le bruit de sa chainsword qu’il arrêta une fois planté devant moi. Son regard se posa sur moi, chargé de tout le mépris qu’un géniteur peut avoir pour une descendance qui ne répond pas à ses hautes attentes.
Il faut dire à sa décharge que depuis l’enfance, je l’avais déçu, plus préoccupé de mon plaisir immédiat et les nourritures charnelles que des dures leçons de vie que mon père, baroudeur galactique tenant à la fois de l’ours et du chacal, aurait voulu voir chez tous ses rejetons.
Selon lui, lorsque l’on est un Sabrehagen, on se doit de passer son temps à apprendre à transformer ses semblables en charpie et à explorer l’espace inconnu. C’est la tradition familiale, alors je suppose qu’il n’a pas tout à fait tort, de son point de vue.
Et donc, depuis mon plus jeune âge, j’au du aller, bien à contrecœur, suivre de fastidieuses séances d’escrime, de tir, de pilotage. Je n’étais pas mauvais, d’ailleurs, mais bien loin des attentes de mon paternel. Il aurait d’ailleurs préféré que j’abandonne la fréquentation des femmes et des hommes de mauvaises vies (après tout, pourquoi se priver d’un plaisir sur deux, n’est ce pas ?!), des maisons de jeux et autre lieux de débauche. Peine perdu : son fils était un dilettante sybarite, à voile et à vapeur…
Et voila donc mon père, Sebastian Sabrehagen, avec à la main l’épée remise à notre ancêtre par Saint Drusus lors de la croisade d’Angevin, rouge du sang de Jethros, qui se tient devant moi, repoussant la fille d’un coup de pied et congédiant tout ce joli monde que j’avais pourtant l’intention de foutre peu de temps auparavant.
« Père, ne vous a-t-on jamais dit qu’il était hautement impoli d’importuner un homme alors qu’il est en train de se faire gamahucher par une prostituée aux gages extravagants ? »
« Ta gueule, connard inverti ! Tes éternelles débauches sont une honte pour moi et ta famille ! Alors ferme ton claque merde avant que j’utilise cette épée pour te châtrer une bonne fois pour toute ! »
Cette phrase, associé à son regard furibard et au vrombissement de la chainsword qu’il venait de remettre en marche, m’incita effectivement à la fermer. Ce malade serait même capable de mettre sa menace à exécution !
Il s’assit sur un sofa, le ruinant irrémédiablement avec du sang, et continua de me fixer. « Je ne suis pas venu ici pour te botter une nouvelle fois ton cul poudré ! Je n’ose même pas espérer que ton esprit ravagé a compris pourquoi je suis là . »
« J’ai cru entendre parler d’une nouvelle expédition dans l’Amat ? »
(Regard étonné de mon géniteur)
« Tiens, quelque chose a réussit à traverser les doses massives de drogues qui circulent dans tes neurones ? Tu m’étonnerais presque. Oui, une expédition, une nouvelle expédition ! C’est la seule solution pour ramener la gloire et l’honneur à notre famille ! Nous avons besoin d’une découverte, d’un trésor, voir d’un STC pour nous refaire ! Nous sommes devenus des faibles, la risée du secteur… »
Je continuais à faire semblant de l’écouter parler, de pérorer ses discours favoris sur la décadence familiale (dont j’étais selon lui l’exemple abouti), la grandeur passée, et blabla, et blabla, tout en me demandant en quoi cette expédition me concernait. Il ne comptait pas m’emmener, quand même ?!
« … conduite des affaires après mon départ. »
« Pardon ? »
« Je disais, tantouze, que j’emmenais tes frères et que, même si j’en ai honte, tu restais mon fils et donc je te confie la conduite de la famille durant notre absence. »
Par le Trône ! Mon paternel avait définitivement pété les plombs, c’était sur !
« Après tout, même si tu te bats comme une pucelle effarouchée et que tu as le courage du lapin nain » (ramasse-toi ca dans les dents, pensais je en moi même…) « tu te débrouilles correctement avec les chiffres et tu sais t’attirer les sympathies des sycophantes dans ton genre et qui pullulent ici ! Essaye de ne pas dilapider ce qui nous reste en gitons, putains et drogues, c’est tout ce que je te demande. A partir de demain, tu assisteras au conseil de famille, histoire de te tenir au courant des affaires. Nous partons dans six mois, avec toute la flotte ! »
« Toute la flotte… Mais… »
« Oui, toute la flotte… les six vaisseaux… ou nous rentrons les cales pleines, ou notre famille n’existe plus »
Drusus ! La situation est si terrible que ca ?
En fait, c’était pire…
Par les Tétons Frétillants de Sainte Sabbat (qu’elle me pardonne ce blasphème, mais des fois un homme doit se lâcher), en voyant la situation réelle, mes cheveux se sont dressés sur ma tête… Et comme mon coté gauche est rasé et tatoué de peintures érotiques et que les cheveux de l’autre sont couleurs arc en ciel, vous pouvez imaginer l’effet !
Une Ca-ta-strophe !! Le charisme inexistant et la brutalité plus qu’existante de mon paternel adoré lui avait aliéné la plupart de ses oncles, de mes cousins, et de la plupart des capitaines de nos vaisseaux. En même temps, j’étais peu étonné, ce n’était pas tellement grave, quand on réfléchit un peu. C’est bien joli d’être un bourrin, mais l’intelligence, ca peut aider aussi. Apparemment, mon père ne pensait pas la même chose.
Mais s’il emmenait la flotte entière, c’était moins pour amasser le plus de choses dans les cales que pour surveiller les récalcitrants.
Quand à la situation financière, sans être alarmante, elle était préoccupante : nos avoirs ne représentaient quel le 6e ce qu’ils avaient été avant la période sombre de l’histoire familiale que l’on connaît sous le nom de la Purge… Et ils continuaient de baisser, attaqués sans que nous ne puissions riposter par nos rivaux, principalement les Del Trieste… Père avait raison : sans une expédition victorieuse, nous allions devoir de nouveau arpenter les étoiles, comme des nomades.
En fait, l’un ou l’autre n’aurait pas été grave, mais les deux réunis indiquaient que nous allions droit dans le mur, un beau mur bien solide ou nous allions nous encastrer comme une bite dans un cul pas préparé, le plaisir en moins !
Bref, toute la famille haïssait mon père, mais le craignait, me méprisait ouvertement et était en train de faire des plans pour le jour où j’allais me retrouver tout seul, quelques mois plus tard. C’est surtout ça qui m’a donné des sueurs froides jusque dans la raie des fesses !
Le lendemain du départ du paternel, je réunis le conseil. J’y allais comme a mon habitude, habillée d’une manière si extravagante que le simple mariage des couleurs aurait fait pleurer un aveugle. Mes bien chers compagnons me regardèrent d’un œil bizarre et commencèrent immédiatement à parler entre eux, sans se soucier de votre serviteur. C’était mon but, en fait. Quitte à passer pour un idiot fusillé par la drogue, autant leur donner le change. Et j’en rajoutai, buvant consciencieusement de l’amasec (mais mes débauches avaient eu le mérite de me donner une résistance de rhinocéros !), fumant des cighalos et regardant chacun d’un air ennuyé.
Je les laissais palabrer pour jauger de la situation. Entre les crétins, les partisans de la politique du bolter sur la tempe et les attentistes, je comprends que mon père ait choisi le moindre mal : moi. Je les observai, les classai, vit qui était dangereux, qui ne l’était pas.
Il y a un avantage à se comporter en imbécile : personne ne se méfie de vous.
3 ans après son départ, mon paternel et sa flotte cessent de donner signe de vie. Franchement, je n’en menais pas très large : si nous avions perdu toute la flotte, la seule solution était de liquider nos avoirs et de repartir dans l’espace.
Évidemment, dans les premiers temps, la famille est restée soudée. Mais plus le silence continuait, et plus mes oncles, cousins et autres parasites familiaux se regardaient en chien de faïence. La situation était explosive et les rumeurs allaient bon train chez les autres Libres marchands. Et bien sur, les Del Trieste continuaient de nous attaquer économiquement. Ca allait mal.
J’étais en théorie chef du conseil. J’évitais donc les grosses bévues, mais je laissais du lest à ma famille, pour qu’ils continuent de me croire le parfait crétin que je prétendais être. Ce ne fut que lorsque mon oncle Padhraig fit abattre en pleine coursive mon autre oncle Rodéric que je me dis que si ca continuait comme cela, nous allions avoir une guerre familiale en plus à gérer.
C’est là que j’ai un peu repris les choses en main.
Et je décidais de frapper un grand coup les esprits.
J’agis un soir ou j’étais invité au banquet donné par l’un des marchands les plus riches de la station, Jorth Vangder. Contrairement à mon habitude, je n’arrivais pas entouré de gitons et de bimbos. Cette soirée allait montrer un léger changement dans mon attitude… Dorénavant, fini la vie dissolue… en public néanmoins. Je n’allais quand même pas me priver de tous les plaisirs de la vie !
J’arrivais vêtu d’un costume qui ressemblait fortement à celui d’un officier de la Garde Impériale, sans aucune médaille, et rehaussé de fourrures et dorure : l’exemple même du Libre marchand.
Je fis sensation par ma sobriété inhabituelle. Et l’un des fils Del Trieste fit une remarque désobligeante, mêlant dans une même phrase mon père, ma virilité et mon courage. Évidemment, deux mois plus tôt, j’aurai ri et lui aurai montré mon postérieur, mais ce soir là , et à sa grande surprise, je le défiais en duel avant de lui enfoncer une lame dans le ventre. Comme quoi, les conseils de mon père m’avaient servis.
J’ordonnai immédiatement aux membres présents de la famille de me suivre et partis sans vérifier qu’ils le faisaient. Et dés le lendemain, avec l’aide d’un camarade de l’Administratum qui ne tenais pas à voire révéler ses petits vices spéciaux, je gelais les avoirs de ceux qui ne l’avait pas fait… Et ca faisait un paquet de monde, croyez moi !
Le conseil de la semaine suivante fut un véritable chaos, une éruption de colère, entièrement dirigée contre moi. Un homme a des limites, et quand j’entendis cet imbécile de Padhraig me traiter de pédéraste pour la douzième fois, les miennes furent dépassées.
Je sais que je n’aurai pas du, mais je le frappais, assez rudement, juste au niveau de la pomme d’Adam. Il en mourut, bien sur, suffoquant sous nos yeux, et bientôt la salle du conseil se transforma en bataille rangée. Et c’était exactement ce que je souhaitais… Tout était prévu.
Mes quelques partisans et moi, nous dûmes batailler dur, croyez moi ! Je crois que sans l’intervention des alliés que j’avais recrutés pour l’occasion, nous aurions eu quelques soucis. Quand des gangers tatoués et percés selon les codes de la rue sont entrés dans la pièce en défouraillant de tous les cotés, ca a fait pencher la balance.
Les mois suivant furent ceux de la reconquête du pouvoir sur ma famille. C’était assez simple, en fait, vu que je tenais les cordons de la bourse. Les plus intelligents rentrèrent dans le rang, donnant lieu à des scènes larmoyantes et touchantes de repentir familial. Les autres… disons que les autres ne sont plus un souci.
C’est l’avantage de Port Wander, en fait : quand on est riche et puissant, rien de plus facile de faire disparaître des individus sans que l’Adeptus Arbites, souvent empêcheur de trucider en rond, ne vienne s’en mêler. J’aime les massacres discrets.
Oh bien sur, je dus m’expliquer avec certains, mais ce fut facile. Le plus ennuyeux fut Melchior, un cousin, qui continuait de me traiter comme quantité négligeable et qui avait rallié a lui la plupart des membres du conseil. Il était malin : il avait réussi à détourner une partie de la fortune familiale, et à louer des gardes du corps très compétents.
Chose étrange, ses appartements eurent un problème d’aération : à la suite d’une erreur de la part du technicien chargé de la maintenance, du prométhéum fut projeté par les conduits. Un accident bête, en quelque sorte. Je crois que le technicien a été transformé en Servo-crane pour un explorateur de l’Adeptus Mechanicus.
C’est quinze ans après son départ que le Custodian of Cadia revint à Port Wander.
Quand j’ai vu arriver les restes du Custodian of Cadia, j’ai immédiatement compris que nous allions de nouveau repartir de zéro, que nous allions redevenir des nomades… Je suis né et vit a Port Wander, et j’ai vu revenir des vaisseaux amochés, mais à ce point là , fallait le faire exprès !
Il s’arrima tant bien que mal, et immédiatement, je me précipitais sur le dock. J’y trouvais des membres du Mechanicus, en train d’entonner une litanie pour l’Esprit-Machine du vaisseau. Avec des dégâts pareil, c’est sur qu’il devait souffrir atrocement.
Accompagné d’un explorateur du Mechanicus, ainsi que de mon grade du corps, un ancien sous-officier de la Garde Impériale, nous commençâmes à arpenter le vaisseau, en nous dirigeant vers le pont.
Croyez moi, ce n’était pas une partie de plaisir… Les rares survivants nous attaquaient à vu. Au début, on a essayé de les raisonner, mais bien vite, on a du se battre et les descendre. Je connaissais certains d’entre eux, des gars solides. Il y avait des cadavres partout, certains récents… L’équipage avait du s’entretuer dans les derniers mois. Par chance, le Navigateur, quoi qu’aussi fou que les autres, était encore en vie… et le temps qu’on remette le vaisseau en état de marche, il a pu récupérer ses esprits suffisamment pour repartir avec nous. Combattre la peur par la volonté… Un cador, ce type !
Sur le pont, tous les corps avaient été dépecés et massacrés de manière horrible. La tête de mon père fut le seul morceau de son corps qui était toujours reconnaissable. Seule le capitaine, rivé au vaisseau, était encore en vie, mais il mourut sous nos yeux, essayant de nous parler.
Le prêtre du Mechanicus, qui s’était agenouillé et avait prié avant d’entrer sur le pont, pu constater en inspectant les instruments, que le champ Geller avait eu une mal-fonction… mal-fonction due aux énormes avaries d’un combat. Le vaisseau s’était battu et avait fuit dans l’immaterium, où les êtres qui y vivent avaient rendus fou l’équipage et l’avait massacré… Qui avait attaqué notre vaisseau ? J’avais mes doutes, mais aucune preuve.
Dés notre descente du vaisseau, nous fumes mis en quarantaine par l’Ordo Malleus de l’Inquisition. C’était logique : des créatures du Warp pouvaient encore se terrer dans ses entrailles. Durant des mois, des équipes inspectèrent chaque recoin, des psykers se relayèrent pour découvrir toute trace de corruption.
Puis le vaisseau nous fut rendu.
15 ans… il fallut 15 ans pour le remettre en état, et une partie de la fortune familiale y passa. Je dus vendre nos installations et notre palais et m’installer dans la carcasse dévastée. C’était spartiate, moi je vous le dis, et pas mal de membre de ma famille, et moi le premier, ont râlé et ont eu du mal à se faire à la vie à bord !
Mais peu à peu, le vaisseau a repris vie. Et maintenant, nous n’avons pas d’autres solutions : nous allons repartir à l’aventure, et oui ! Ça me retourne de penser que je passerai le reste de ma foutue vie dans cette machine, mais je n’ai pas le choix ! C’est ca ou disparaître, et j’ai horreur de disparaître sans panache ! |